Serrure de grenier à glissière Pays Dogon, plateau de Bandiagara – Mali  (probablement zone Sangha – Ireli)

900,00 €

Serrure de grenier à glissière Pays Dogon, plateau de Bandiagara – Mali  (probablement zone Sangha – Ireli)
Bois sculpté, (circa 1880–1920).

À la croisée de l’art et de la technique, les serrures Dogon illustrent l’ingéniosité des artisans sahéliens. Entièrement réalisées en bois, elles combinent une mécanique sophistiquée et un vocabulaire décoratif souvent chargé de significations symboliques.

Cet exemplaire, de belle dimension et doté d’un mécanisme complet, constitue un témoignage représentatif de la serrurerie traditionnelle du plateau de Bandiagara, où les serrures protégeaient les greniers contenant les réserves vitales de la communauté.

Dimensions :

Boîtier : Longueur : 33 cm, Largeur : 10 cm, Épaisseur : 5 cm

Loquet coulissant : Longueur : 33 cm, Hauteur : 7 cm, Épaisseur : 3 cm

Poids : 1 150 g

Cette serrure en bois sculpté appartient à la famille des serrures à glissière et goupilles verticales, largement répandues dans la région sahélienne et particulièrement dans le pays Dogon.

Le boîtier rectangulaire renferme un mécanisme composé de trois goupilles verticales destinées à bloquer le coulissement du loquet. L’action de la clé — aujourd’hui absente — consistait à soulever simultanément ces goupilles afin de libérer le déplacement du loquet et permettre l’ouverture de la porte.

La façade du boîtier est décorée d’un motif géométrique central en croix triangulée, formé de triangles opposés profondément incisés. Ce motif se retrouve également sur le loquet coulissant, où il se déploie en une série de croix répétées qui rythment la surface.

Au revers, le mécanisme interne apparaît clairement : le canal de la clé est profondément évidé et les goupilles sont encore en place, permettant d’observer la structure technique de la serrure.

Le système appartient au type dit à goupilles verticales :

  1. Le loquet coulissant est maintenu en place par des goupilles de bois.
  2. La clé introduite dans l’orifice supérieur soulève ces goupilles.
  3. Une fois les goupilles alignées, le loquet peut être déplacé et la porte s’ouvre.

Ce type de mécanisme entièrement réalisé en bois témoigne d’une maîtrise remarquable de la mécanique traditionnelle, développée indépendamment de la serrurerie métallique.

Plusieurs éléments orientent vers une origine Dogon du plateau de Bandiagara :

  • structure du boîtier rectangulaire à mécanisme interne visible
  • présence de trois goupilles verticales, typiques des serrures Dogon élaborées
  • décor géométrique en croix triangulée, fréquent dans l’art Dogon
  • dimension relativement importante correspondant à une serrure de grenier

(Les serrures Mossi présentent généralement un mécanisme plus simple et un décor moins structuré, ce qui renforce l’attribution Dogon pour cet exemplaire.)

La composition de la façade peut également être interprétée comme une anthropomorphisation discrète :

  • la partie supérieure du boîtier évoque une tête stylisée
  • les ouvertures rectangulaires du mécanisme peuvent être perçues comme des yeux
  • le motif central cruciforme occupe la position du torse.

Dans cette lecture, la serrure représenterait symboliquement un gardien protecteur du grenier, interprétation cohérente avec l’importance des réserves de mil dans la société Dogon.

État de conservation

Bon état général.

  • mécanisme interne complet
  • goupilles conservées
  • patine brune homogène
  • usure ancienne cohérente avec l’usage
  • petites érosions des arêtes.

La conservation du mécanisme constitue un élément particulièrement intéressant pour l’étude de la serrurerie traditionnelle.

 

Datation : La patine du bois, l’usure du loquet et la qualité du creusement interne suggèrent une fabrication ancienne.

Datation probable : fin XIXᵉ siècle – début XXᵉ siècle (circa 1880–1920).

Comparaisons muséales

Des serrures de typologie comparable sont conservées dans plusieurs collections :

  • Musée du Quai Branly – Jacques Chirac (Paris)
  • Metropolitan Museum of Art (New York)
  • British Museum (Londres)
  • Museum Rietberg (Zurich)
  • National Museum of African Art – Smithsonian Institution (Washington)

Ces institutions conservent de nombreux exemples provenant du plateau de Bandiagara, illustrant la diversité des serrures traditionnelles Dogon.

 

Bibliographie

Imperato, Pascal James
African Wooden Locks and Keys.
New York, 2001.

Ezra, Kate
Art of the Dogon.
Metropolitan Museum of Art, New York, 1988.

LaGamma, Alisa
Sahel: Art and Empires on the Shores of the Sahara.
Metropolitan Museum of Art, 2020.

Bedaux, Rogier
Dogon Locks and Keys.
Leiden, Rijksmuseum voor Volkenkunde.