Grand pagne cérémoniel Kuba – Peuple Shoowa ou Bushoong, RDC

800,00 €

Provenance : Royaume Kuba, République Démocratique du Congo
Sous-groupe probable : Shoowa (ou Bushoong)
Datation estimée : Fin XIXᵉ – première moitié du XXᵉ siècle (vers 1890–1940)
Dimensions :

  • Longueur : 300 cm
  • Hauteur : 75 cm
    Matériaux : Raphia tissé à la main, broderies en fibres végétales, applications de cauris (Cypraea moneta), bordure en coton noir tissé et franges.
    État : Usures, restaurations anciennes, lacunes et manques cohérents avec l’âge. Patine souple, fibres oxydées, déchirures stabilisées.

 

Description :

Long panneau rectangulaire de textile de raphia, orné d’un réseau régulier de motifs losangés brodés en relief, délimités par des cordons de fibres torsadées ponctués de cauris.
L’intérieur des losanges est décoré de petits motifs circulaires en fil noir, cousus selon une technique d’appliqué inversé et broderie de surface, évoquant les « étoiles » typiques de la tradition Shoowa.
Les bordures supérieures et inférieures sont renforcées par un galon noir en coton tissé, terminé par une frange à pompons tressés.
Certaines zones présentent des pièces de réparation anciennes, témoignant d’un long usage cérémoniel et d’un entretien régulier — pratique courante dans les textiles Kuba anciens, signe de valeur symbolique.

 

Chez les Kuba, le textile est un art majeur, réservé historiquement à la cour royale et à l’aristocratie.
Le raphia, fibre issue du palmier Raphia vinifera, est filé, teint et tissé selon des procédés complexes transmis de génération en génération.

Ces panneaux de prestige (velours de raphia ou Kasai velvet) servaient de :

  • Pagnes de cérémonie,
  • Tentures murales dans les palais,
  • Couvertures funéraires,
  • Ou monnaies de prestige dans les échanges matrimoniaux et politiques.

Les grands formats, comme celui-ci, étaient souvent cousus bout à bout pour former des pagne royaux longs (Ngeende, Bushoong) destinés aux rituels d’intronisation ou aux cérémonies d’apparat.
Les cauris y jouent un rôle apotropaïque et symbolique : ils représentent la richesse, la fécondité et la prospérité.

Le motif de losanges alignés ponctués de cauris est typique des ateliers shoowa du centre du royaume Kuba, actifs dès la fin du XIXᵉ siècle.
La structure géométrique stricte, soulignée par la broderie régulière et la répétition de modules décoratifs, traduit la hiérarchie sociale et le principe d’ordre cosmique valorisé dans la pensée Kuba.
Le contraste entre la trame brun clair et les broderies noires rappelle les textiles du style Bushoong royal, où l’abstraction géométrique était considérée comme une manifestation de raffinement intellectuel.

Malgré les altérations, ce tissu conserve une lecture esthétique forte, propre à la tradition des « velours Kuba » : équilibre rythmique, alternance de pleins et de vides, et texture sensorielle dense.

Symbolisme et usage :

  • Les motifs losangés symbolisent la fécondité féminine et la structure clanique.
  • Les cauris, autrefois monnaie et amulette, invoquent la prospérité et la protection spirituelle.
  • Les broderies noires rappellent les sculptures et masques Kuba, où les motifs de réseau évoquent la peau du serpent, animal de connaissance et de pouvoir.

Les hommes tissaient la toile, tandis que les femmes exécutaient les broderies et les ajouts de cauris, symbolisant ainsi la collaboration rituelle des genres dans la création de beauté et de pouvoir.

 

Comparaisons muséales :

Des textiles comparables sont conservés dans plusieurs institutions majeures :

  • Musée du quai Branly – Jacques Chirac, Paris, inv. 71.1933.21.2 (Tissu Kuba Shoowa, velours de raphia à cauris)
  • Metropolitan Museum of Art, New York, inv. 1999.12.2 (Kuba Cloth Panel, Shoowa workshop)
  • British Museum, Londres, inv. Af1923,0302.5 (Royal Kuba Panel with Cowries)
  • Musée Royal de l’Afrique Centrale, Tervuren, inv. EO.1946.13.10 (Pagne Bushoong à motifs losangés)
  • Collection Raoul Lehuard, reproduit dans Arts d’Afrique Noire, n° 43, 1982.

Références bibliographiques :

  • Raoul Lehuard, Arts d’Afrique Noire – Les Kuba, AAN n° 43, 1982.
  • Jan Vansina, The Children of Woot: A History of the Kuba Peoples, University of Wisconsin Press, 1978.
  • Zoë Strother, Inventing Masks: Agency and History in the Art of the Central Pende, University of Chicago Press, 1998 (chapitres sur la culture textile Kuba).
  • Daniel Biebuyck, The Arts of Zaire, Volume II: Eastern Zaire, University of California Press, 1985.
  • François Neyt, Kuba: Visions of Beauty, 5 Continents Editions, Milan, 1993.
  • G. Meurant, African Art in Motion, Abrams, New York, 1989.

 

État de conservation :

  • Usures, déchirures, reprises et pertes de matière.
  • Bordures effilées, trous anciens, traces d’humidité et d’oxydation.
  • Ensemble néanmoins stable, les fibres restant souples et cohérentes.
  • Les coutures et reprises anciennes témoignent d’un usage prolongé et d’un entretien rituel, confirmant l’authenticité ethnographique.

 

Provenance :

Ancienne collection privée française (Haute-Vienne), acquise auprès d’un collectionneur d’art africain ancien dans les années 1990.
Pièce restée dans son état d’origine, sans restauration moderne.