Marteau à sucre ancien — Type “basique”, très altéré
Marteau à sucre ancien — Type “basique”, très altéré
Afrique du Nord / Méditerranée – XIXᵉ / début XXᵉ siècle
Bois dur patiné – Longueur : env. 33 cm – Tête : 13cm – 3 cm – Poids : 160 g
Datation estimée : début XXᵉ siècle
Ce marteau à sucre se distingue par :
- Une tête triangulaire très simple, aux bords arrondis.
- Un manche cylindrique, long, étroit, inséré par emboîtement direct (sans renfort).
- Un bois très ancien, à grain grossier, local (souvent figuier, olivier ou fruitier).
- De nombreux trous de vrillettes actifs ou anciens, révélant une longue vie domestique et un stockage peu protecteur.
- Une patine irrégulière, liée à l’usage, la chaleur, l’humidité et l’attaque biologique.
Il s’agit du modèle le plus simple et utilitaire, probablement utilisé quotidiennement, sans fonction cérémonielle.
Les marteaux de ce type servaient à :
- Broyer les pains de sucre (sucre dur compact importé en cônes),
- Pulvériser le sucre pour le thé,
- Casser des blocs de loukoum ou de sucreries,
- Parfois écraser des épices dures.
Ce type d’outil était présent dans toute l’Afrique du Nord, en particulier :
- Maroc rural (Moyen Atlas, Souss, Anti-Atlas),
- Algérie (Kabylie, Aurès),
- Tunisie centrale,
- Parfois jusqu’en Égypte rurale.
Attaque xylophage (vrillettes)
L’objet montre :
- Trous de sortie ronds,
- Densité élevée,
- Pertes de matière visibles,
- Bois assombri autour des galeries.
Cela indique :
- Une antiquité réelle (minimum > 80–100 ans),
- Une fragilisation structurelle importante,
- Une patine très ancienne, impossible à imiter artificiellement avec un tel réseau de galeries.
Il s’agit donc d’un objet authentique d’usage domestique, non destiné au marché touristique.
Contrairement aux marteaux à sucre plus décorés que je présente, celui-ci :
- Ne porte aucune décoration géométrique,
- Adopte une forme triangulaire très archétypale,
- A été façonné au couteau, avec une finition sommaire,
- Montre une ergonomie purement fonctionnelle.
Ce type est typique des familles modestes, souvent fabriqué par le chef de famille lui-même.
Datation probable : 1880–1930
Possiblement plus ancien, mais l’état empêche une certitude absolue.
Comparaisons muséales
Des marteaux comparables existent dans les collections :
- Musée du Quai Branly – Paris
- Collection Maghreb – outils culinaires.
- Références : bois fruitier, tête triangulaire, fin XIXᵉ.
- Musée de Marrakech – Dar Si Saïd
- Plusieurs marteaux utilitaires anonymes, très proches par la simplicité.
- Musée d’Art et Traditions Populaires, Alger
- Outils domestiques (registre 1900–1930).
- Musée du Bardo, Tunis
- Quelques exemplaires ruraux, fortement altérés, attribués aux régions du Sahel et du Centre.
Références bibliographiques pour approfondir
Outils domestiques et arts ruraux nord-africains
- Jacques Revault, Habitat et traditions au Maroc, CNRS Éditions.
- M. Gaudry, Vie quotidienne en Kabylie, 1920.
- Jean Besancenot, Arts et métiers traditionnels du Maroc, Paris, 1957.
- André Goldenberg, Objets domestiques du Maghreb, Musée Juif Marocain.
Sur les outils culinaires anciens
- Christian Bromberger, Cuisine et culture matérielle au Maghreb, EHESS.
- Camera O. & Schaefer J., Objets usuels d’Afrique du Nord, Musée du Quai Branly.
Même très altéré, cet objet :
- Est authentique,
- Témoigne d’une vie domestique réelle,
- Est devenu un témoin ethnographique rare,
- Possède une esthétique brute recherchée.