Fétiche Dogon à personnages multiples dans un socle amalgamé
Fétiche Dogon à personnages multiples dans un socle amalgamé
Dogon, Mali – Bois, fer, terre sacrificielle – H. env. 20 cm l.17 L. 21 Poids 2300g.
Période : début / première moitié du XXᵉ siècle
Ce fétiche Dogon est composé d’un groupe de petites figures anthropomorphes dressées verticalement autour d’un personnage principal plus imposant, dominant la composition. L’ensemble est inséré dans une masse amalgamée de terre sacrificielle, croûteuse, épaisse, témoignant d’un long usage rituel.
La base est un fragment de coloquinte sèche, creusée puis remplie de cette matière sacrificielle, conformément aux pratiques Dogon pour la fabrication des autels domestiques ou lignagers.
Les personnages, taillés dans un bois très ancien et fortement érodé par le temps et les libations, montrent une patine sèche, grise, avec des zones d’usure profonde.
On relève également la présence d’un élément en fer forgé, très probablement un symbole sacrificiel, peut-être un attribut zoomorphe (antilope, lièvre, animal totémique), fiché dans la masse argileuse – détail tout à fait typique des sanctuaires miniatures Dogon.
Analyse stylistique et iconographique
- Le personnage central
- Tête ovoïde haute et allongée,
- Traits faciaux schématiques mais encore visibles,
- Corps cylindrique sans détail anatomique marqué,
- Position hiératique verticale.
Cette figure représente vraisemblablement l’ancêtre fondateur ou une entité protectrice du lignage.
- Les personnages secondaires
Autour de la figure centrale se trouvent plusieurs statuettes, de tailles différentes, suggérant :
- Ancêtres familiers,
- Esprits intermédiaires,
- Ou représentations des membres du lignage.
Leur fragmentation et leur dégradation sont typiques des objets manipulés et rechargés rituellement sur plusieurs générations.
- La masse sacrificielle
L’ensemble repose sur une épaisse couche de terre argileuse, mêlée :
- De résidus organiques,
- De poussières rituelles,
- De croûtes sacrificielles,
- Et de traces d'onguents.
Ce type d’amalgame est obtenu au fil des cérémonies au cours desquelles on répand de la farine, du sang sacrificiel, des boissons ou de la terre sacrée.
- Le socle en coloquinte
La base en coloquinte (calebasse africaine) est un indice d’authenticité important :
les Dogon l’utilisent comme récipient rituel pour constituer des autels portatifs dédiés aux esprits protecteurs (binou) ou aux ancêtres (ginna).
Fonction rituelle
Cet ensemble correspond à un autel domestique ou lignager utilisé pour :
- Invoquer les ancêtres,
- Protéger la famille,
- Assurer fécondité, santé et prospérité,
- Demander l’intercession des esprits.
Ce type d’autel reste strictement individuel ou familial, rarement destiné à être vu en dehors du cercle clanique.
État de conservation
- Ensemble très ancien, avec forte érosion,
- Terre sacrificielle solidifiée et friable,
- Figures en bois très altérées mais stables,
- Éléments en fer oxydés mais encore lisibles,
- Socle en coloquinte largement fossilisé dans la masse sacrificielle.
Objet authentique, non reconstruit, présentant toutes les caractéristiques d’un usage prolongé in situ.
Provenance probable
Régions possibles :
- Pays Dogon central (Sangha, Yougo Dogorou, Ibi)
- Ou plateau de Bandiagara (ligne des villages anciens).
Le style simple et archaïque évoque une production de village isolé, éloignée des influences touristiques du milieu du XXᵉ siècle.
Références bibliographiques utiles
- M. Griaule & G. Dieterlen, Les âmes des Dogon, Institut d’Ethnologie, 1954.
- Denise Paulme, Organisation sociale des Dogon, CNRS.
- H. Leiris & M. Griaule, Afrique Fantôme, 1934 (notes de terrain).
- F. J. Jolly, Art Dogon, 1994.
- A. Bourgeois, travaux sur les autels dogon et les objets de culte.
- M. M. Borel, Dogon, la mémoire des ancêtres, Musée Barbier-Mueller.
Comparaisons muséales
Des ensembles comparables se trouvent :
- Musée du quai Branly – Jacques Chirac : autels lignagers Dogon avec figures multiples et terre sacrificielle.
- Musée Barbier-Mueller (Genève) : fétiches dogon à personnages, parfois sur base en coloquinte.
- Museum Rietberg (Zurich) : statuaires lignagères Dogon sur bases organiques.