Masque de danse Igbo – Nigeria
Masque de danse Igbo – Nigeria
Bois léger, pigments minéraux, fibres végétales résiduelles
Hauteur : 31 cm – Largeur : 17 cm – Profondeur : 14 cm – Poids : 110 g
Ancienne collection : Albert Saferis
Publication connue : Tourisme Informations, n°8, septembre-octobre 1980, p. 11
Ce masque Igbo, sculpté dans un bois particulièrement léger et entièrement recouvert de pigments minéraux, se caractérise par la douceur de ses traits, sa physionomie humano-animalisée, et la présence d’un grand appendice en forme de cornes stylisées, peintes en bandes polychromes (rouge, vert, noir). Le visage ovale présente :
- Un nez long, triangulaire, fortement accentué,
- Des yeux étroits et perforés,
- Une bouche discrètement entrouverte rehaussée de rouge,
- De petites scarifications latérales, stylisées en courtes incisions parallèles.
La coiffure, massive et arrondie, est prolongée par deux cornes jointes au sommet, élément iconographique courant dans les masques Mmanwu à vocation festive ou satirique.
L’intérieur du masque révèle une forte érosion rituelle, témoignant d’un port réel. On observe des marques anciennes d’insectes xylophages, lissées par le temps, ainsi que les restes d’un ancien système de fixation. Une étiquette manuscrite d’époque mentionne sa reproduction dans Tourisme Informations (1980), confirmant une présence ancienne en collection européenne.
Ce masque appartient très probablement au corpus des masques Igbo de type Mmanwu, utilisés dans :
- Les danses d’apparat,
- Les comédies rituelles,
- Les cérémonies d’initiation Odo,
- Les sorties festives de sociétés villageoises.
Les cornes stylisées, parfois associées à l’esprit du buffle ou au principe de force vitale (ike), caractérisent plusieurs régions Igbo du centre et du nord-est du Nigeria (notamment la zone Nsukka – Abakaliki – Afikpo).
La polychromie à bandes alternées constitue un motif typique des ateliers ruraux Igbo du début du XXᵉ siècle.
Première moitié du XXᵉ siècle (circa 1920–1940).
Éléments appuyant cette estimation :
- Patine interne profondément oxydée, propre aux masques portés dans des environnements humides ;
- Érosion insectivore ancienne, non active ;
- Pigments traditionnels (ocre, charbon, kaolin, rouge de latérite, verts végétaux) sans traces d’acrylique moderne ;
- Style conforme aux productions Igbo entre 1900 et 1940 ;
- Présence en collection Saferis dès avant 1980, impliquant une acquisition probablement dans les années 1960–70.
État de conservation
- Usure prononcée des polychromies, mais cohérente avec l’ancienneté.
- Petites fissures périphériques, notamment en bas du masque.
- Baillement du bois au niveau de la bordure intérieure inférieure.
- Manques de matière sur les cornes et le front (érosion d’usage).
- Bon maintien structurel général : aucune fragilité majeure.
État muséal acceptable malgré l’usure, qui constitue un témoignage précieux de son utilisation rituelle.
Les masques Igbo, dans leur immense diversité, remplissent plusieurs fonctions :
- Divertissement ritualisé (Mmanwu) ;
- Intervention communautaire par satire ;
- Protection spirituelle lors des fêtes annuelles ;
- Incarnation de personnages mythiques ou d’esprits forestiers.
La forme calme et souriante de ce masque, associée à des cornes animales, suggère qu’il pourrait appartenir au registre :
- Mmanwu Okoroshi (masques « blancs » bénéfiques), ou
- Mmanwu Ogbodo Enyi (masques à cornes associés au buffle, symbole de force sociale).
Les cornes croisées sont également un attribut des danseurs comiques Agbogho, bien que la coloration ici soit plus austère que les versions strictement féminines.
Références muséales comparatives
Plusieurs institutions possèdent des masques comparables :
- British Museum (Londres)
- Masque Igbo Mmanwu à polychromie rouge et noire, ref. Af1957,18.1.
- Brooklyn Museum (New York)
- Masque Igbo avec cornes spiralées, début XXᵉ siècle, inv. 2013.123.
- Musée du Quai Branly – Jacques Chirac (Paris)
- Masque Igbo anthropomorphe, zone d’Abakaliki, inv. 73.1969.6.1.
- African Museum Tervuren (Belgique)
- Série de masques Igbo Mmanwu, notamment un modèle à cornes, inv. EO.1953.17.32.
Bibliographie de référence
- Cole, Herbert M. & Aniakor, Chike C.
Igbo Arts: Community and Cosmos. Museum of Cultural History, UCLA, 1984. - Ottenberg, Simon.
Masked Rituals of the Afikpo. University of Washington Press, 1975. - Joseph Nevadomsky.
« Masks and Ritual Performance Among the Igbo », African Arts, 1979. - Phillips, Tom (dir.)
Africa: The Art of a Continent. Royal Academy of Arts, 1995. - Fagg, William.
Nigerian Images. London, 1963.
L’apparition de ce masque dans une revue française en 1980, avec mention « collection d’Albert Saferis », constitue un élément de provenance authentique qui renforce sa valeur documentaire.
Il s’agit d’un excellent témoin des productions villageoises Igbo anciennes, marquées par :
- Une tradition iconographique hybride (humain/animal),
- Une polychromie rituelle,
- Un style expressif mais sobre,
- Une fonction identitaire communautaire forte.