Masque Gélédé Yoruba – Nigeria
Masque Gélédé Yoruba – Nigeria
Ancienne collection Albert Saferis
Bois polychrome – H. 33 cm ; L. 22 cm ; Prof. 22 cm – Poids : 1650 g
Datation estimée : première moitié du XXᵉ siècle
Masque Gélédé en bois sculpté, recouvert d’une polychromie ancienne aux teintes rouge, verte, jaune et ocre, fortement patinée et usée par l’usage rituel et le temps. Le visage présente les caractéristiques classiques des masques Gélédé :
- Yeux mi-clos en amandes incisés,
- Arcades sourcilières discrètement marquées,
- Nez rectiligne,
- Bouche charnue légèrement entrouverte,
- Joues pleines,
Le tout dans un style serein évoquant la féminité et la tranquillité propre aux représentations Gélédé.
Le pourtour inférieur comporte une série régulière de perforations, destinées à la fixation d’un costume textile ou d’une parure de fibres végétales.
La coiffe : un serpent entrelacé (Oshumare)
L’élément le plus remarquable du masque réside dans la coiffe volumineuse représentant un serpent enroulé, identifiable par :
- son corps tubulaire spiralé,
- une extrémité triangulaire évoquant la tête du reptile,
- une polychromie verte et jaune rappellant une peau écailleuse stylisée,
- un mouvement d’enroulement continu symbolique.
Cette iconographie renvoie directement à Oshumare, le serpent arc-en-ciel, une divinité yoruba majeure associée :
- au cycle de la vie,
- à la continuité entre visible et invisible,
- à la pluie et à la prospérité,
- aux forces féminines créatrices (Ìyá Nlá), au cœur même du culte Gélédé.
Les masques Gélédé ornés d’un serpent figurent parmi les types les plus symboliquement puissants, utilisés dans des danses visant à apaiser ou honorer les Forces Mères (les « Mères » ou awon iya wa), respectées pour leurs capacités de protection autant que de sanction.
État de conservation
- Polychromie authentiquement ancienne, écaillée par zones, particulièrement sur le serpent.
- Traces d’usure, de manipulations et de frottements, caractéristiques d’un masque véritablement porté.
- Fentes anciennes stabilisées.
- Intérieur évidé à l’herminette, avec patine intérieure d’usage, micro-éclats, et numérotations d’époque (dont « 613 »).
- L’ensemble reste structurellement stable, sans interventions modernes visibles.
L’état général est bon, présentant une usure cohérente avec un usage rituel réel.
Provenance
- Ancienne collection Albert Saferis.
- Inventorié dans une collection hexagonale au début des années 1980.
- Le masque a appartenu à une série de pièces Gélédé collectées en Afrique de l’Ouest dans les années 1960-1970.
Comparaisons muséales (coiffes serpentines / Gélédé)
Des masques présentant des coiffes animales serpentines ou spiralées se trouvent dans plusieurs institutions majeures :
- Musée du Quai Branly – Jacques Chirac
Masque Gélédé à coiffe serpentiforme, inv. 71.1935.93.6. - Brooklyn Museum, New York
Masque Gélédé avec coiffe serpent-spirale, inv. 2013.4.2. - Metropolitan Museum of Art, New York
Masque Gélédé polychrome avec iconographie serpentiforme stylisée, inv. 1991.419. - National Museum of African Art (Smithsonian Institution, Washington)
Masques Yoruba Gélédé avec attributs serpentins, inv. F1968.42.
Ces références confirment l’existence d’un sous-type iconographique où le serpent occupe une place centrale dans la symbolique des Gélédé.
Bibliographie sélective
- Henry Drewal & Margaret Thompson Drewal, Gelede: Art and Female Power among the Yoruba, Indiana University Press, 1983. (Ouvrage fondamental, avec plusieurs exemples de coiffes serpentines.)
- John Pemberton III, Yoruba: Nine Centuries of African Art and Thought, Centre for African Art, New York, 1989.
- Babatunde Lawal, The Gelede Spectacle: Art, Gender, and Social Harmony in an African Culture, University of Washington Press, 1996.
- William Fagg, Yoruba Sculpture, New York, 1969.
- Susan Vogel, African Art Western Eyes, Yale University Press, 1997 (analyse des polychromies et représentations animales).