Étrier de poulie anthropomorphe (Afrique de l’Ouest, zone Sénoufo / Mandé)
Étrier de poulie anthropomorphe (Afrique de l’Ouest, zone Sénoufo / Mandé)
Bois sculpté, fibre végétale
Dimensions : H. 15 cm – l. 7 cm – ép. 4 cm
Poids : 130 g
fin XIXᵉ – première moitié XXᵉ siècle
Région Sénoufo (Nord Côte d’Ivoire / Sud-Mali) ou zone mandé (Bambara/Malinké)
Cet étrier de poulie est sculpté dans un bois brun clair, patiné par l’usage, présentant un décor gravé régulier typique des régions Sénoufo et Mandé :
- Arc en plein cintre couvrant la partie frontale, souligné de pointillés et de lignes parallèles ;
- Figure anthropomorphe à tête conique, yeux incisés, nez triangulaire proéminent et bouche schématisée ;
- Ficelle torsadée en fibre végétale encore en place, confirmant un usage fonctionnel prolongé ;
- Pieds de l’étrier droits, usés par frottement ;
- Surface interne polie par le passage répété de la corde.
La tête stylisée, légèrement tournée vers l’avant, évoque des formes Sénoufo ou Bambara, notamment par le modelé du visage et le casque pointu.
Étrier de poulie pour métier à tisser vertical ou horizontal.
Ces pièces, toujours sculptées à la main, servaient à guider la corde maintenant la tension du métier à tisser.
L’usage, répété pendant des années, explique :
- L’usure de la base,
- La patine douce,
- L’arrondi du bois autour de l’orifice de suspension.
Outre leur fonction mécanique, ces étriers étaient parfois dotés de figures protectrices destinées à favoriser la bonne marche du tissage et à éloigner les forces néfastes.
Éléments Sénoufo possibles :
- Formes triangulaires du visage,
- Crête frontale pointue,
- Arc frontal décoré de pointillés,
- Sobriété générale.
Éléments Mandé / Bambara possibles :
- Visage massif et arrondi,
- Lèvres épaisses en saillie,
- Décor géométrique en lignes et points.
La combinaison de ces critères permet une attribution probable à la zone de contact Mandé–Sénoufo, région très active en matière de tissage.
État de conservation
- Usure d’usage marquée (ce qui confirme l’authenticité).
- Fendillements anciens stabilisés sur les montants.
- Patine homogène, non reconstituée, avec zones de frottement régulières.
- Tressage en fibre conservé, un élément devenu rare.
- Aucune restauration moderne visible.
L’ensemble est cohérent, stable et présente un très bel état ethnographique.
Références muséales
Des étriers comparables (visages schématisés, décor en pointillés, arc frontal gravé) figurent dans les collections suivantes :
Musées internationaux
- Musée du Quai Branly – Jacques Chirac, Paris :
- inv. 71.1936.50.40, 71.1936.50.41 — étriers Sénoufo avec décor ponctué.
- Rietberg Museum, Zurich :
- collection “Textile technology in West Africa”, pièces mandé et sénoufo.
- British Museum, Londres :
- n° Af2005,23.1 – étrier mandé avec visage triangulaire.
- National Museum of African Art (Smithsonian), Washington :
- 92-06-11 – étrier Bambara à visage stylisé.
Musées africains
- Musée National du Mali, Bamako :
- Section “Arts du tissage mandé”.
- Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire, Abidjan :
- Étriers Sénoufo comparables (salle “Arts du Nord”).
Références bibliographiques
Étriers, poulies et arts du tissage de l’Afrique de l’Ouest sont documentés dans :
- B. Holas, Arts de la Côte d'Ivoire, Paris, 1954.
- F. Gardi, Technologie du tissage en Afrique de l’Ouest, Bâle, 1976.
- A. Zahan, Sociétés d’Initiation Bambara, Paris, 1960 (sur les symboliques des motifs gravés).
- S. Vogel, African Aesthetics, New York, 1986 – section sur les objets fonctionnels sculptés.
- C. Roy, The Art of the Senufo, African Arts Journal, UCLA, 1967.
- R. Goldwater, Traditional African Art, New York, 1971.
Les correspondances les plus fortes se trouvent dans Holas, Roy et Gardi.
Un très bel étrier traditionnel ancien, authentique, avec une iconographie forte, un décor régulier et une patine ethnographique de qualité.
Il s’intègre parfaitement dans ton corpus, enrichissant la série par la présence de fibres d’origine et par son visage remarquablement expressif.