Grand Fétiche Zoomorphe (Probable origine : Congo / aire Songye – Bembe – Boyo) Bois sculpté, matières organiques, fibres végétales, coquillages Dimensions : H. 43 cm – L. 20 cm – Ø 18 cm Datation probable : milieu XXᵉ siècle
Grand Fétiche Zoomorphe (Probable origine : Congo / aire Songye – Bembe – Boyo)
Bois sculpté, matières organiques, fibres végétales, coquillages
Dimensions : H. 43 cm – L. 20 cm – Ø 18 cm
Datation probable : milieu XXᵉ siècle
Description générale
L’objet est un fétiche anthropo-zoomorphe taillé dans un tronc évidé, dont la base ouverte suggère un usage rituel (réceptacle, insertion de charges, manipulation).
Morphologie
Tête zoomorphe allongée, évoquant un crocodile ou un animal composite, avec :
Museau massif et rectangulaire,
Narines marquées,
Dents schématiques gravées en damier,
Yeux circulaires en relief,
Oreilles rondes latérales.
Corps conique, robuste, monoxyle, réduit à une masse qui sert de support à des charges latérales.
Ornements rituels :
Fibres torsadées en collier, enroulées autour du cou et des épaules ;
Coquillages (Cypraea annulus) ;
Éléments organiques attachés (sachets, nœuds, résidus).
Trous rituels visibles sur la partie basse, probablement destinés :
Soit à la fixation d’un socle,
Soit à l’insertion d’un mélange magique (bilongo, bishimba, boanga selon les aires culturelles).
La pièce présente une magnifique patine d'usage, faite de dépôts, d’usure naturelle, et de frottements rituels. L'intérieur, entièrement creusé, révèle un travail manuel ancien et non industriel.
Analyse stylistique
Style et aire culturelle probables
Plusieurs éléments orientent vers les régions du Sud-Kasaï / Maniema / Nord Katanga, dans les sphères culturelles Bembe – Boyo – Holo – Songye périphériques, notamment :
La tête zoomorphe à museau rectangulaire, fréquente dans les fétiches Bembe–Boyo ;
Les dents en damier, typiques des représentations animales dans le Kivu et le Maniema ;
La présence de charges magiques latérales (coquillages, fibres), très courante chez les Bembe et Boyo ;
La forme conique évidée, proche des fétiches à réceptacle utilisés par les nganga (guérisseurs/devins).
Fonction traditionnelle
Compte tenu :
De l’évidement interne,
Des attaches de fibres,
De l’adjonction de coquillages,
Des trous destinés à accueillir des charges,
Il s’agit très probablement d’un fétiche de protection communautaire, activé par un devin (nganga).
Il pouvait servir :
À protéger un lignage ou une case,
À diagnostiquer des maladies,
À attirer ou repousser des forces invisibles,
À “manger” symboliquement les dangers (d’où le museau puissant).
Le caractère zoomorphe renforce l’idée d’une force gardienne, parfois associée au crocodile chez les Boyo ou au chien sauvage dans certains cultes Kusu et Bembe.
Technique et matériaux
Bois lourd à grain irrégulier (non identifié précisément),
Sculpté à l’herminette puis poli,
Intérieur évidé à la gouge,
Fibres végétales, enroulées en cordelettes épaisses,
Coquillages Cypraea attachés par liens,
Empreintes d’onguents, de terre, de résines séchées.
Le travail révèle une pièce entièrement artisanale, sans intervention mécanique moderne.
État de conservation
Patine profonde et ancienne.
Usure rituelle régulière.
Quelques fissures naturelles du bois (stables).
Perte d’une partie d’un pendentif (fibres cassées).
Pas de restauration visible.
Très bon état structurel pour un objet rituel ayant servi.
Références bibliographiques et muséales
Références comparatives
Marc Léo Félix, Art & Oracle, Achim Moeller Fine Art, 1991 — chapitres sur les fétiches Kivu/Maniema.
- Maurer, Sculptures du Maniema, Munich, 1986 — formes zoomorphes et fétiches évidés.
Daniel P. Biebuyck, The Arts of Central Africa, 1964.
Ariane Deluz, études sur les objets de pouvoir Kongo et voisins.
Collections muséales
Des pièces comparables (mais rarement de ce format) sont conservées :
MRAC Tervuren : fétiches Boyo et Bembe zoomorphes, museaux allongés et charges magiques.
Brooklyn Museum : objets de pouvoir du Kivu – Maniema, formes monoxyles coniques.
Musée du Quai Branly : réceptacles magico-religieux Bembe et Lega, avec adjonctions de coquillages.
Intérêt ethnographique
Ce type de fétiche, souvent unique dans sa forme, est fabriqué pour un usage spécifique, non pour être vendu.
Il témoigne :
Du rôle du devin-guérisseur,
De la manipulation des forces invisibles,
De l’importance des symboles animaux protecteurs dans l’Afrique des Grands Lacs.
C’est une pièce forte, expressive, dotée d’une présence massive et charismatique.
Un fétiche zoomorphe de grande qualité ethnographique, expressif, ancien, et parfaitement représentatif des traditions magico-religieuses du Maniema / Kivu / Boyo – Bembe, montrant un usage réel et prolongé. Il constitue un élément majeur dans une collection privée consacrée aux objets de pouvoir d’Afrique centrale.