Statuette anthropomorphe à iconographie composite
Statuette anthropomorphe à iconographie composite
Bois dur, patine ancienne, incrustations naturelles, traces d’usure rituelle
Dimensions : H. 30 cm – L. 15 cm – P. env. 5 cm – Poids : 1,5 kg
Provenance : Afrique de l’Ouest
Datation estimée : 20ᵉ siècle (1re moitié – milieu)
La statuette est sculptée dans un corps monoxyle trapézoïdal, élargi vers la base et légèrement convexe au dos. Malgré ses dimensions modestes, l’ensemble est extrêmement dense et lourd, indiquant l’usage d’un bois très dur couramment employé pour des objets à fonction rituelle ou protectrice.
Face avant
Elle présente une iconographie en registre vertical composée de trois éléments successifs :
- Un visage aux yeux mi-clos, coiffé d’un large élément semi-circulaire, au style volontairement stylisé mais maîtrisé.
- Un reptile allongé (lézard ou varan) sculpté en relief, semblant sortir de la bouche du personnage (Motif rare, souvent associé à une parole de puissance, un esprit-guide ou un principe de transmission entre mondes).
- Une femme en posture d’accouchement, les jambes ouvertes, sortant l’enfant.
- Un petit visage stylisé en base, peut-être un symbole d’ancêtre ou de réceptacle spirituel.
Face arrière
Le revers montre une figure féminine debout, bras légèrement fléchis, décorée de scarifications en losanges, motif courant dans plusieurs traditions d’Afrique de l’Ouest (Bambara, Sénoufo, Gurunsi) mais sans correspondance exclusive.
Analyse stylistique et comparaison
Cette pièce ne peut être attribuée avec certitude ni aux Bambara, ni aux Sénoufo, ni aux groupes Gur / Lobi / Bwa, malgré certaines proximités formelles :
- Le corps-trapèze, typique des Bambara boliw, mais ici trop narratif.
- La femme accouchant, présente dans certains corpus Sénoufo, mais rarement associée à un reptile.
- Le reptile émergeant de la bouche, motif plutôt lié aux systèmes symboliques Dogon ou Bambara (nyama), mais traité ici de manière inhabituelle.
- Le revers évoque par certains aspects les silhouettes des Bwa / Gurunsi, mais sans les masques-enseignes caractéristiques.
Il s'agit vraisemblablement d’un objet syncrétique, issu d’un atelier local qui a combiné plusieurs codes symboliques pour produire un objet doté d’une valeur votive, probablement utilisé dans :
- Un culte de fertilité,
- Un rite de protection familiale,
- Ou un autel domestique dédié aux ancêtres maternels.
Iconographie : lecture possible…
Le reptile (lézard / varan)
Dans une grande partie de l’Afrique de l’Ouest, le lézard est associé :
- À la circulation entre les mondes,
- Aux forces génésiques,
- À la connaissance ancestrale,
- À la parole efficace.
Qu’il sorte de la bouche suggère l’idée d’un souffle créateur, d’une bénédiction, ou encore d’un pouvoir divin transmis.
La femme accouchant
Symbole universel :
- De fécondité,
- De renouvellement,
- D’acte originel.
Sur les objets votifs, elle peut incarner :
- Une demande de fertilité,
- Une protection de la maternité,
- La perpétuation de la lignée.
La superposition verticale des motifs
La composition ascendante rappelle la structure des objets rituels composites des régions voltaïques, où les symboles sont empilés pour créer une narration cosmologique.
État de conservation
Très bon état général, malgré :
- Patine ancienne, stable.
- Usures cohérentes sur les arêtes du visage et de la base.
- Quelques abrasions liées à la manipulation rituelle.
- Aucun manque structurel.
Stabilité parfaite sur son socle métallique moderne.
Références muséales et bibliographiques comparatives
Objets comparables (thématique de la maternité et du reptile)
- Musée du Quai Branly – Jacques Chirac, Paris :
- Collections Bambara et Sénoufo : représentations de maternité et figurations de reptiles associés à des esprits tutélaires.
- British Museum, Londres :
- Sculptures Bambara comportant un lézard symbolique (réf. BM Af1974,… etc.).
- R. C. Woodcock & E. G. Cole, West African Traditional Art (Longman, 1965).
- C. Roy, Art of the Upper Volta Rivers (Meadows Museum, 1987).
- S. Vogel, African Aesthetics: The Carlo Monzino Collection (Center for African Art, 1986).
Ces corpus montrent des associations symboliques proches, mais jamais un assemblage identique, renforçant l’idée d’une pièce locale, narrative, probablement commandée pour un usage particulier.