Étrier de poulie sculpté en figure anthropomorphe masculine stylisée
Étrier de poulie sculpté en figure anthropomorphe masculine stylisée
Afrique de l’Ouest – Mali (probablement pays Dogon)
Fin XIXᵉ – première moitié du XXᵉ siècle (circa 1880–1940)
Bois dur local (probablement fromager ou essence sahélienne), sculpture monoxyle
- Hauteur : 30 cm
- Largeur maximale : 5 cm
- Épaisseur : 6 cm
- Poids : 220 g
Étrier de poulie sculpté en figure anthropomorphe masculine stylisée, se développant verticalement selon une composition très architecturée :
- Tête surmontée d’une coiffe conique élancée, striée de profondes incisions obliques, se terminant par un petit bouton sommital perforé (orifice fonctionnel de suspension).
- Visage aux traits sobres et concentrés : yeux en amande mi-clos, nez long et droit, bouche étroite légèrement projetée.
- Barbe pointue ou menton stylisé, sculpté en relief, marqué de chevrons incisés.
- Oreilles latérales développées, traitées en volumes pleins, également striées.
- Cou cylindrique orné de scarifications linéaires horizontales, typiques des conventions esthétiques régionales.
- Base fonctionnelle en étrier, formant un arc inversé, destinée au passage de la corde du métier à tisser.
L’ensemble conjugue fonction technique et représentation symbolique, caractéristique majeure des poulies figuratives ouest-africaines.
Fonction et usage
Objet utilitaire intégré à un métier à tisser horizontal, servant de poulie de tension pour les fils de chaîne.
Au-delà de sa fonction mécanique, ce type de poulie participe à une dimension symbolique et protectrice du travail du tisserand :
la figure humaine incarne la maîtrise, l’ordre et la continuité du geste artisanal.
Analyse stylistique et attribution
Plusieurs éléments orientent vers une attribution Dogon ou cercle Dogon élargi :
- Verticalité marquée et hiératisation de la figure
- Coiffe conique striée, fréquente dans la statuaire Dogon ancienne
- Traitement graphique des scarifications et du menton
- Sobriété expressive, absence de surcharge décorative
Toutefois, par prudence scientifique, une attribution “probablement Dogon” est retenue, des productions comparables existant chez les Bamana et groupes voisins du Mali.
État de conservation
Bon état ancien, cohérent avec un usage prolongé :
- Usure générale régulière de la surface
- Patine brun foncé mate, ancienne et homogène
- Érosions ponctuelles sur les arêtes et la base
- Petites fissures de retrait du bois, stabilisées
- Aucun manque structurel, sculpture intacte
L’objet n’a pas été restauré ; il conserve une patine d’usage authentique.
Comparaisons muséales (références)
- Musée du quai Branly – Jacques Chirac (Paris)
- Pouliers figuratifs Dogon, collections Afrique, Mali
- The British Museum (Londres)
- African weaving tools, Mali / Burkina Faso
- Metropolitan Museum of Art (New York)
- Loom pulleys, Mali, early 20th century
- Museum Rietberg (Zurich)
- Objets du textile et de la culture matérielle Dogon
Références bibliographiques
- Hélène Joubert, Arts d’Afrique noire, RMN, Paris
- Jean Laude, Les Arts de l’Afrique noire, Le Livre de Poche
- Michel Leiris & Jacqueline Delange, Afrique noire, Gallimard
- Christopher D. Roy, African Sculpture: The Many Dimensions, University of Iowa
- Anita J. Glaze, Art and Death in a Senufo Village (comparaisons fonctionnelles)
Appréciation et intérêt
Cet étrier de poulie se distingue par :
- Son excellent équilibre entre fonction et sculpture
- Une qualité de taille franche et maîtrisée
- Une iconographie cohérente et lisible
- Une authenticité d’usage rarement conservée