Fétiche anthropomorphe à noyau ligaturé, bois, fibres, kaolin et cuivre, attribué au groupe Tsogho (Mitsogho), Gabon, fin XIXᵉ

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Fétiche anthropomorphe à noyau ligaturé, bois, fibres, kaolin et cuivre, attribué au groupe Tsogho (Mitsogho), Gabon, fin XIXᵉ – première moitié du XXᵉ siècle.
Matériaux : bois sculpté, fibres végétales, ficelles, kaolin, collier fin en cuivre
Dimensions : hauteur 42 cm ; diamètre maximal env. 24 cm
Poids : 920 g

Définition et typologie

Objet rituel anthropomorphe fétichisé, composé d’une tête sculptée montée sur un noyau globulaire ligaturé. Il s’agit d’un fétiche initiatique à fonction de réceptacle, et non d’un reliquaire funéraire au sens strict. L’objet relève des pratiques rituelles et initiatiques tsogho, où la sculpture sert de support actif à des forces spirituelles contenues et maîtrisées.

Description formelle détaillée

La tête présente un visage ovale allongé, recouvert d’un enduit clair (kaolin). Les yeux étirés et mi-clos confèrent une expression intériorisée et hiératique. Le nez long et rectiligne, la bouche petite et sobre, ainsi que la stricte symétrie frontale renvoient à un canon formel tsogho bien établi. Le sommet du crâne est marqué par une arête sagittale saillante, ornée de chevrons incisés, motif symbolique structurant l’axe de la figure. Les oreilles, discrètement dégagées, s’inscrivent dans une stylisation non naturaliste.

Le cou cylindrique est ceint d’un collier fin en cuivre à décor géométrique incisé. Ce métal, chargé de valeur symbolique, joue un rôle de verrou rituel entre la tête (siège de l’esprit et de la pensée) et le corps-réceptacle.

La partie inférieure se compose d’un volume globulaire entièrement enveloppé de fibres végétales et de ficelles disposées en ligatures serrées et croisées. Ce dispositif, non décoratif, vise à contenir, contraindre et activer les substances rituelles internes. L’absence d’ouverture visible confirme la fonction de noyau fermé, caractéristique des fétiches initiatiques.

Fonction rituelle et interprétation

Dans le contexte tsogho, cet objet devait intervenir comme support de médiation au sein de pratiques initiatiques ou thérapeutiques. Il pouvait servir à la protection, à la régulation des forces, ou à l’activation de puissances liées aux rites et aux sociétés initiatiques locales.
La tête anthropomorphe ne constitue pas un portrait d’ancêtre, mais une interface symbolique permettant l’incarnation et la canalisation des forces contenues dans le noyau ligaturé.

Attribution et justification

L’attribution au groupe Tsogho (Mitsogho) repose sur un faisceau d’indices convergents :

  • usage du kaolin sur le visage,
  • expression calme et intériorisée,
  • axe médian fortement marqué,
  • motifs incisés au sommet du crâne,
  • association d’un réceptacle ligaturé à une tête sculptée,
  • présence signifiante du cuivre, fréquente en Afrique équatoriale.

Ces éléments distinguent clairement la pièce des reliquaires funéraires fang ou kota, tout en l’inscrivant dans une logique initiatique tsogho.

État de conservation

Objet ancien en état rituel cohérent :

  • usures et perforations anciennes du bois,
  • kaolin partiellement altéré,
  • fibres et ligatures fragilisées mais en place,
  • patine mate et profonde.
    Aucune restauration lourde visible ; l’état participe pleinement de l’authenticité ethnographique.

Appréciation et intérêt

Cette œuvre se distingue par la qualité de sa tête sculptée, la cohérence de sa construction rituelle et la pertinence de son attribution. Elle constitue un exemple significatif des objets-limites tsogho, à la croisée de la sculpture, du fétiche et du réceptacle initiatique.