Grande serrure figurative de grenier, Dogon, plateau de Bandiagara, Mali. Circa : fin XIXᵉ – première moitié du XXᵉ siècle

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Grande serrure figurative de grenier, Dogon, plateau de Bandiagara, Mali
Datation estimée : fin XIXᵉ – première moitié du XXᵉ siècle
Matériau : bois dur sculpté
Dimensions : H. 40 cm × L. 39 cm × Ép. env. 5 cm
Poids : 1 200 g
État : clé absente

Grande serrure de porte de grenier ou d’habitation, sculptée dans un seul bloc de bois, relevant de la tradition dogon des dispositifs de fermeture figuratifs. Ces serrures associaient une fonction utilitaire réelle à une dimension symbolique et protectrice, visant à sécuriser non seulement les biens matériels (réserves, objets de valeur), mais aussi l’ordre social et spirituel du foyer.

La serrure adopte une composition anthropomorphe stylisée, organisée autour d’un axe vertical rigoureux.
La partie supérieure est marquée par deux excroissances pointues évoquant des cornes ou des oreilles dressées, motif fréquent dans l’art dogon, souvent interprété comme un signe de vigilance et de puissance protectrice.

Le corps central présente un relief architectural étagé, structuré par des cadres rectangulaires emboîtés, au centre desquels apparaît un petit visage schématique en saillie. Cette figuration, discrète mais intentionnelle, renforce la fonction de gardien symbolique de la serrure.

Les bras horizontaux, massifs et rectangulaires, s’étendent largement de part et d’autre, conférant à l’ensemble une silhouette en croix ou en « T », caractéristique de nombreuses serrures dogon monumentales.
La partie inférieure se prolonge par deux jambes parallèles, trapues, séparées par une ouverture rectangulaire correspondant au passage du pêne et du mécanisme interne.

L’ensemble de la surface est animé par des incisions géométriques fines (chevrons, croisillons, lignes obliques), aujourd’hui adoucies par une patine ancienne, témoignant d’un usage prolongé. Les traces d’usure, les arrêtes émoussées et les variations chromatiques du bois confirment l’authenticité et l’ancienneté de l’objet.

Cette serrure protégeait une porte en bois coulissante ou battante, généralement celle d’un grenier à céréales ou d’un espace domestique important.
Le mécanisme interne, aujourd’hui incomplet en raison de l’absence de la clé, reposait sur un système de pêne mobile actionné par une clé en bois sculpté, souvent conservée séparément par le chef de famille.

Au-delà de son rôle pratique, la serrure remplissait une fonction apotropaïque : la figure sculptée incarnait une présence vigilante, dissuasive à la fois pour les intrusions humaines et pour les influences néfastes invisibles.

Plusieurs éléments plaident fortement en faveur d’une attribution dogon :

  • Monumentalité et format très large,
  • Composition anthropomorphe géométrisée,
  • Bras horizontaux massifs,
  • Décor gravé discret mais structurant,
  • Logique de gardien sculpté intégré au mécanisme.

Ces caractéristiques distinguent cette serrure des productions plus linéaires ou zoomorphes d’autres régions sahéliennes.
En l’absence de provenance de terrain précise, l’attribution reste proposée mais hautement crédible.

 

État de conservation

Objet ancien en état d’usage cohérent :

  • Bois sain mais usé,
  • Patine mate et profonde,
  • Mécanisme interne partiellement visible,
  • Clé manquante (élément courant et non rédhibitoire pour ce type d’objet).

L’absence de la clé n’altère ni la lisibilité ethnographique ni l’intérêt muséal de la pièce.

Cette serrure se distingue par :

  • Sa taille exceptionnelle,
  • La qualité de la sculpture, à la fois sobre et expressive,
  • L’intégration réussie de la fonction et du symbole,
  • Une forte présence plastique, proche de la sculpture autonome.

Elle constitue une pièce majeure dans un ensemble consacré aux serrures et objets architecturaux dogon.