Masque heaume monumental, attribuable au groupe Wawa (Nord Côte d’Ivoire / Ouest Burkina Faso), de type Ogbobdo Enyi

4 500,00 €

Masque heaume monumental, attribuable au groupe Wawa (Nord Côte d’Ivoire / Ouest Burkina Faso), de type Ogbobdo Enyi ou apparenté
Bois sculpté, première moitié du XXᵉ siècle

Les masques Ogbobdo Enyi (litt. « esprit puissant / esprit dangereux ») se caractérisent par :

  • Une monumentalité extrême
  • Un volume dorsal massif, souvent plus important que la face elle-même
  • Une structure de type heaume intégral, couvrant entièrement la tête
  • Un poids élevé, sans recherche de légèreté (cet exemplaire de 4,55 kg est cohérent)
  • Une sculpture conçue pour l’impact rituel, non pour l’élégance décorative

Cette expression de menace contenue reste brute, frontale, presque oppressant.

Les restes de pigments rouges et noirs, très usés mais manifestement anciens, sont cohérents avec :

  • Les pratiques Wawa de peinture rituelle temporaire, souvent renouvelée
  • Des pigments appliqués sur bois déjà patiné, ce qui semble être le cas ici
  • Il s’agit d’un masque de société initiatique restreinte
  • Destiné à des rites majeurs, parfois liés à la coercition rituelle
  • Très peu exporté historiquement, car jugé dangereux ou tabou
  • Beaucoup d’exemplaires connus sont :
    • Fragmentaires
    • Très restaurés
    • Ou de dimensions inférieures

Ce masque est complet, cohérent, non sur-restauré, et d’un format exceptionnel.

Il est important de noter :

  • Les Wawa sont culturellement frontaliers (influences Sénoufo, Lobi, Kulango)
  • Les attributions muséales oscillent souvent entre Sénoufo du Nord et Wawa
  • L’appellation Ogbobdo Enyi est parfois utilisée a posteriori, par typologie plus que par certitude ethnolinguistique

Masque heaume monumental de type Ogbobdo Enyi

Groupe culturel : Wawa (influences sénoufo septentrionales)
Région : Nord de la Côte d’Ivoire / Ouest du Burkina Faso
Datation estimée : 1910-1940

Masque heaume en bois sculpté d’un seul tenant, de très grande dimension et de fort poids (4 550 g), présentant une structure enveloppante couvrant intégralement la tête du porteur.
Dimensions :

  • Longueur : 60 cm
  • Largeur : 25 cm
  • Hauteur : 33 cm

Le bois, dense et compact, montre une patine ancienne, profonde et mate, avec des traces d’usage rituel prolongé. Présence de résidus de polychromie ancienne (principalement rouge et noir), aujourd’hui très atténuée mais encore perceptible dans certaines zones protégées.

La face présente un visage anthropomorphe volontairement sévère :

  • Yeux mi-clos, ovales et profondément creusés
  • Nez droit, anguleux, structurant fortement la verticalité du masque
  • Bouche entrouverte laissant apparaître une dentition stylisée, conférant une expression de menace contenue
  • Scarifications faciales simples, verticales, non décoratives

La coiffure hémisphérique, striée radialement, constitue un élément stylistique marquant, attesté dans certaines œuvres anciennes attribuées aux Wawa.

L’arrière du masque se distingue par un volume dorsal massif et enveloppant, traduisant une conception rituelle fondée sur l’impact visuel, la présence et la contrainte symbolique plutôt que sur la seule esthétique.

Initialement attribuable à un corpus sénoufo septentrional au sens large, l’examen attentif de la morphologie, du volume, de l’expression faciale et de la logique structurelle du masque conduit à privilégier une attribution au groupe Wawa, peuple frontalier dont les productions rituelles présentent des convergences mais aussi des spécificités marquées.

La monumentalité, le poids élevé, la brutalité maîtrisée des formes, l’expression coercitive du visage et la présence résiduelle de polychromie correspondent étroitement aux masques dits Ogbobdo Enyi, associés à des manifestations rituelles de grande intensité, parfois liées à des fonctions de contrôle social, d’intimidation ou d’intervention initiatique.

Cette attribution demeure prudente, les frontières stylistiques entre Wawa, Sénoufo du Nord et groupes voisins étant historiquement poreuses. Toutefois, l’ensemble des critères formels et fonctionnels plaide en faveur d’un masque Wawa de type Ogbobdo Enyi ou apparenté.

Masque de société initiatique restreinte, destiné à des apparitions rituelles majeures. Son volume, son poids et son expression suggèrent une fonction de manifestation d’un esprit puissant, potentiellement dangereux, intervenant lors de rites de sanction, de purification ou de passages initiatiques.

 

État de conservation

Très bon état général au regard de l’âge et de l’usage rituel supposé.
Bois sain, sans attaque active de xylophages.
Usure cohérente avec un usage ancien et authentique.
Absence de restaurations lourdes ou de reprises modernes visibles.

Œuvre de grande force plastique et symbolique.
Exemplaire rare par ses dimensions, son poids et son état de conservation.
Pièce majeure au sein d’un corpus Wawa peu représenté dans les collections privées.

 

Ce masque heaume monumental incarne l’une des expressions les plus puissantes de la sculpture rituelle d’Afrique de l’Ouest. Sculpté dans un bois dense et lourd, il enveloppait entièrement la tête du porteur, transformant ce dernier en support vivant d’un esprit redouté.

L’expression du visage – yeux mi-clos, bouche entrouverte, traits volontairement austères – suggère une présence intimidante, destinée à impressionner, contraindre et rappeler l’autorité du monde invisible sur la communauté. Des traces anciennes de polychromie rouge et noire témoignent de pratiques rituelles aujourd’hui disparues, où la couleur renforçait la charge symbolique de l’objet.

Rares sont les exemplaires de cette catégorie parvenus jusqu’à nous dans un état aussi authentique. Plus qu’un simple objet sculpté, ce masque est le témoignage d’un système de croyances où l’art, le rituel et le pouvoir étaient indissociables.