Masque-peigne Bamana (Bambara) à cauris et perles rouges – Mali.
Masque-peigne Bamana (Bambara) à cauris et perles rouges – Mali.
Datation estimée : Première moitié du XXᵉ siècle (circa 1900–1940).
- Bois sculpté, patine ancienne brun foncé
- Cauris appliqués (nombreux manques anciens)
- Perles rouges (verre ou matière minérale), incrustées ponctuellement
- Fixations anciennes (colle organique et ligatures)
- Longueur : 54 cm
- Largeur : 21 cm
- Profondeur : 18 cm
- Poids : 1 995 g
Ce masque-peigne Bamana se caractérise par une forme allongée et horizontale, évoquant à la fois un visage stylisé et une structure de peigne monumental. La partie antérieure présente un visage schématique : front bombé, nez long et anguleux, bouche horizontale sobrement marquée. Les yeux ajourés, de forme rectangulaire, confirment la destination performative de l’objet.
À l’arrière et au sommet se déploie un ensemble de dents parallèles (éléments verticaux sculptés), assimilables à un peigne rituel. Ces éléments sont densément ornés de cauris, aujourd’hui en partie manquants, ce qui renforce néanmoins la lecture d’un objet ancien et utilisé.
La surface est ponctuée de perles rouges, disposées de manière rythmique entre les cauris. Ce contraste chromatique – blanc des cauris, rouge des perles, brun profond du bois – confère à l’ensemble une forte présence visuelle.
L’intérieur du masque est largement évidé, avec des traces nettes de port ancien, attestant d’un usage réel lors des cérémonies.
Chez les Bamana, les masques-peignes sont liés à des sociétés initiatiques et agraires, en particulier à l’univers symbolique de la fertilité, de la croissance et de la maîtrise des forces vitales. Le motif du peigne est associé à l’ordre, à la discipline et à la structuration du monde, autant physique que social.
Les cauris, omniprésents, renvoient à la richesse, à la fécondité et à la protection spirituelle. Leur accumulation sur les dents du peigne accentue la dimension ostentatoire et symbolique du masque, destiné à impressionner lors des sorties rituelles. Les perles rouges, couleur de l’énergie et de la vie, complètent ce vocabulaire symbolique.
État de conservation
État ancien cohérent avec l’usage rituel.
- Nombreux manques de cauris, anciens et non restaurés
- Patine homogène et profonde
- Structure solide, sans cassures majeures
- Usure interne compatible avec un port prolongé
Objet authentique, non reconstitué, conservé dans son état d’usage.
Références bibliographiques (sélection)
- Jean-Paul Colleyn, Bamana. Les arts de l’initiation, Éditions Hazan, Paris.
- Dominique Zahan, Religion, spiritualité et pensée africaines, Payot.
- Pascal James Imperato, Art and Power in the Kingdom of Ségou, University of California Press.
- François Neyt, L’Art du Mali, Éditions du Chêne.
- Suzanne Preston Blier, African Vodun: Art, Psychology, and Power, University of Chicago Press (chapitres comparatifs).
Références muséales et collections publiques
- Musée du quai Branly – Jacques Chirac
Collections bamana : masques Chi Wara, masques-peignes, objets de sociétés initiatiques. - British Museum
Importante collection Bamana / Mali, incluant masques rituels à structures verticales. - Metropolitan Museum of Art
Département Arts of Africa, Oceania and the Americas. - Musée Barbier-Mueller
Références majeures pour les arts rituels bamana et mandingues. - National Museum of African Art
Collections comparatives sur les masques agraires et initiatiques du Mali.
Les Bamana, appelés historiquement Bambara, constituent l’un des principaux groupes culturels du Mali central et méridional, avec des extensions vers le Burkina Faso et la Guinée. Leur culture s’est affirmée entre le XVIIᵉ et le XIXᵉ siècle, notamment à travers les royaumes bamana de Ségou et de Kaarta, qui ont profondément marqué l’histoire politique et artistique de la région.
Fondée sur une organisation sociale complexe, la société bamana repose sur des associations initiatiques (jo, kòmò, chi wara, n’tomo), qui structurent la transmission du savoir, l’éducation morale, la gestion du monde invisible et le rapport à la nature. L’art y joue un rôle fondamental : il n’est jamais décoratif, mais fonctionnel, performatif et symbolique.
Les masques bamana se distinguent par une forte stylisation formelle, une géométrie maîtrisée et une symbolique liée à la fertilité, à l’agriculture, à l’ordre cosmique et à la discipline sociale. Le motif du peigne, de la crête ou de la verticalité répétée renvoie à l’idée d’organisation, de croissance et de maîtrise des forces vitales.
Les matériaux employés – bois, fibres, cauris, perles, parfois métal – sont investis d’une charge symbolique forte. Les cauris, en particulier, incarnent la richesse, la fécondité, la protection et la circulation de l’énergie vitale.
Peuple majeur du Mali, les Bamana ont développé un art rituel étroitement lié aux sociétés initiatiques et au monde agricole. Les masques, dont les masques-peignes, incarnent l’ordre, la croissance et la maîtrise des forces vitales, à travers une stylisation rigoureuse et l’usage symbolique de matériaux tels que le bois, les cauris et les perles.