Masque articulé à mâchoire mobile (jaw mask), groupe Eket (aire ibibio), sphère rituelle Ekpo, Sud-Est du Nigéria, première moitié du XXᵉ siècle

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Masque articulé à mâchoire mobile (jaw mask), groupe Eket (aire ibibio), sphère rituelle Ekpo, Sud-Est du Nigéria, première moitié du XXᵉ siècle (circa 1900–1940).

Provenance : Ancienne collection constituée in situ par un colon belge, Nigéria

  • Bois sculpté (monoxyle)
  • Mâchoire inférieure indépendante et articulée, taillée séparément
  • Système d’articulation ancien (axe bois / ligature)
  • Patine sombre brun-noir, d’usage rituel
  • Hauteur (masque fermé) : 22 cm
  • Largeur : 14 cm
  • Profondeur : 10 cm
  • Poids : 420 g

Ce masque présente un visage compact et ramassé, sculpté dans un bois dense. Le front haut, légèrement bombé, est marqué par une scarification verticale centrale en relief. Les yeux étroits et horizontaux, profondément incisés, confèrent au visage une expression sévère et contenue.

Le nez droit et massif s’inscrit dans l’axe médian du visage. La bouche, soulignée par la mâchoire inférieure mobile, constitue l’élément central de l’objet : lors des performances, ce dispositif permettait un mouvement rythmé accentuant l’effet expressif et l’autorité du masque.

Les oreilles sont clairement figurées, détachées du plan du visage et traitées de manière semi-naturaliste. Ce point constitue un critère déterminant pour l’attribution, les masques Eket se distinguant ici des productions ibibio et annang plus centrales, où les oreilles sont le plus souvent réduites à des cylindres ou à de simples excroissances stylisées.

Le sommet de la tête est coiffé d’une coiffe circulaire à double bourrelet, sculptée dans la masse, élément fréquent dans la sphère Ekpo. L’intérieur est largement évidé ; des traces d’usure anciennes témoignent d’un port effectif.

L’objet s’inscrit pleinement dans le registre des masques Ekpo par sa fonction, son expressivité contenue et l’usage d’une mâchoire articulée. Toutefois, plusieurs critères affinent l’attribution au groupe Eket :

  • Représentation naturaliste des oreilles, caractéristique documentée chez les Eket ;
  • Volumes massifs et sobriété décorative ;
  • Expressivité fondée sur la fonction (articulation) plutôt que sur l’ornement.

La coiffe et le principe articulé relèvent clairement de la tradition Ekpo ibibio-annang, traduisant une continuité rituelle, tandis que le traitement morphologique situe la pièce dans une variante locale Eket, plus périphérique et moins normée.

Les masques Ekpo incarnent les esprits des ancêtres et des morts, intervenant lors de funérailles, de cérémonies de justice coutumière, de régulation sociale et de rites initiatiques.
La mâchoire mobile permettait au masque de « parler » ou de produire un effet sonore, renforçant la manifestation de l’autorité spirituelle face à la communauté.

État de conservation

Bon état ancien.

  • Bois sain, avec fentes anciennes stabilisées
  • Patine homogène d’usage
  • Articulation fonctionnelle
  • Absence de restaurations lourdes visibles

 

Références muséales :

  • British Museum – Masques Ekpo (Ibibio, Annang, Eket), Sud-Est du Nigéria.
  • Musée du quai Branly – Jacques Chirac – Ensembles Ekpo et masques à mâchoire mobile du delta oriental.
  • Metropolitan Museum of Art – Collections Cross River et Nigéria méridional.

 

Références bibliographiques :

  • G. I. Jones, The Art of Eastern Nigeria, Cambridge University Press, 1963.
  • Frank Willett, African Art, Thames & Hudson, Londres.
  • Jean Laude, Arts primitifs africains, Paris.
  • Philip Allison, African Stone Sculpture, Londres (méthodologie comparative régionale).