Figure Féminine Assise À Élément Zoomorphe Sommital Aire Yaouré (Yowlè), région de la Marahoué (Bouaflé–Sinfra) Côte d’Ivoire

22 000,00 €

 Figure Féminine Assise À Élément Zoomorphe Sommital

Aire Yaouré (Yowlè), région de la Marahoué (Bouaflé–Sinfra) Côte d’Ivoire
Circa 1920.

Bois dur à patine ancienne, traces de pigments rouges
Hauteur : 69 cm

Cette figure féminine assise, aux proportions volontairement hiérarchisées, se caractérise par une posture inhabituelle, jambes projetées vers l’avant, les bras fléchis et les mains fermées en avant du torse. Cette attitude, à la fois stable et tendue, confère à l’ensemble une présence singulière.

Le corps, traité de manière synthétique, s’organise autour d’un torse allongé rythmé par des seins coniques saillants. La tête, disproportionnée, concentre l’essentiel de l’expressivité. Le visage présente des paupières mi-closes profondément incisées, un nez triangulaire marqué et une bouche entrouverte, suggérant un souffle ou une parole suspendue.

La coiffure, finement structurée en registres de chevrons réguliers, témoigne d’une grande maîtrise technique. Elle est surmontée d’un élément sculpté en arc, de nature zoomorphe, intégré à la masse même de la sculpture.

La surface présente une patine brun sombre, profonde, ponctuée de résidus de pigments rouges, notamment dans les creux, indice d’un usage rituel prolongé.

Si certains éléments — notamment le traitement du visage et la sérénité apparente des traits — évoquent la tradition Baoulé, l’œuvre s’en distingue par plusieurs aspects fondamentaux.

La posture assise, jambes projetées, l’expressivité du visage, ainsi que la présence d’un élément zoomorphe sommital, constituent autant d’écarts significatifs par rapport aux canons classiques de la statuaire baoulé, habituellement caractérisée par une recherche d’équilibre formel et d’idéalisation.

Ces caractéristiques orientent vers une production issue d’une zone de contact stylistique, où les traditions se rencontrent et se transforment. L’œuvre s’inscrit ainsi plus vraisemblablement dans l’aire Yaouré (Yowlè), dont les productions témoignent d’une plus grande liberté formelle et d’une intégration fréquente d’éléments symboliques, notamment animaliers.

Des affinités peuvent également être relevées avec certaines œuvres Gouro, notamment dans le traitement expressif et la dynamique des volumes.

 

Attribution

Yaouré (Yowlè), région centrale de la Côte d’Ivoire, probablement vallée de la Marahoué (Bouaflé–Sinfra)

Cette attribution repose sur la combinaison de plusieurs éléments :

  • hybridation anthropo-zoomorphe
  • stylisation du visage héritée du vocabulaire baoulé
  • liberté formelle et tension expressive caractéristiques des productions de transition

L’œuvre peut être rattachée à un atelier local, vraisemblablement actif dans un contexte rituel plutôt que strictement académique.

 

Interprétation et fonction

La présence d’un élément zoomorphe, probablement de nature serpentiforme, associé à une figure humaine, suggère une conception du corps comme lieu de médiation entre les sphères visible et invisible.

La bouche entrouverte, les yeux mi-clos et la posture ancrée participent d’une iconographie évoquant un état de communication ou de transformation. De telles figures pouvaient intervenir dans des contextes rituels liés à la divination, à la protection ou à l’invocation, incarnant une présence active plutôt qu’une simple représentation.

 

Place dans le corpus

Les sculptures issues de l’aire Yaouré demeurent relativement peu représentées dans les collections publiques et privées, en particulier celles présentant une hybridation aussi marquée.

Cette œuvre illustre la richesse des productions de zones de contact, où les influences culturelles s’entrecroisent pour donner naissance à des formes originales, s’écartant des canons établis tout en conservant une forte cohérence symbolique.

 

Références bibliographiques

  • Baule: African Art Western Eyes
  • Visions of Africa: Baule
  • African Art in Motion
  • Art of Côte d’Ivoire

Voir également des œuvres comparables dans les collections du Musée du quai Branly, du The Metropolitan Museum of Art et du British Museum.