Serrure anthropomorphe, Atelier mossi du plateau central, probablement zone Kaya – Sanmatenga (Burkina Faso),

750,00 €

Serrure anthropomorphe, Atelier mossi du plateau central, probablement zone Kaya – Sanmatenga (Burkina Faso), actif à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle.

Bois sculpté à patine d’usage
Poids total : 1930 g (corps : 1350 g ; pêne : 580 g)
Dimensions :

  • Corps : H. 64 cm ; L. 10 cm ; Ép. 9 cm
  • Pêne : L. 49 cm ; H. 8 cm ; Ép. 4 cm

Serrure en bois de grande dimension composée d’un corps fixe massif et d’un pêne coulissant indépendant.

Le corps, de section rectangulaire, est creusé longitudinalement afin de former une chambre interne destinée à recevoir le pêne et les goupilles de verrouillage. Des orifices supérieurs et latéraux, visibles en surface, correspondent au passage des goupilles et à l’introduction de la clé aujourd’hui absente.

Le pêne, long et rectiligne, présente plusieurs décrochements destinés à s’engager dans le système interne. Son extrémité, légèrement effilée, permettait son insertion dans une gâche fixée au chambranle de la porte.

La partie supérieure du corps est sculptée en une figure anthropomorphe stylisée. Le visage, réduit à des yeux en pastilles, s’inscrit dans un traitement schématique caractéristique. La tête est surmontée d’un élément bifide symétrique, interprétable comme une coiffure ou un ornement céphalique stylisé, réduit à une forme géométrique conforme au vocabulaire formel mossi.

Le décor se compose d’incisions géométriques (chevrons, croisillons) disposées de manière régulière sur l’ensemble de la surface.

Cette serrure appartient au type à pêne coulissant avec goupilles internes.

Le fonctionnement reposait sur un principe mécanique simple et efficace :

  • le pêne était maintenu en position fermée par des goupilles en bois
  • une clé (non conservée), introduite par le dessus, permettait de soulever ces goupilles
  • le pêne pouvait alors coulisser librement

L’absence de la clé est fréquente dans les objets conservés en collection, celle-ci étant traditionnellement dissociée de la serrure.

La qualité de l’évidement interne — parois régulières, angles nets — ainsi que l’ajustement précis du pêne indiquent une fabrication maîtrisée, relevant d’un artisan spécialisé.

Analyse stylistique

L’objet s’inscrit dans la tradition des serrures mossi du plateau central, caractérisées par :

  • l’intégration d’une figure anthropomorphe dans le dispositif
  • une stylisation poussée des traits
  • un décor géométrique incisé
  • une économie de moyens formels

La figure, volontairement réduite à des éléments essentiels, ne relève pas d’un naturalisme descriptif mais d’une abstraction fonctionnelle. La coiffure bifide participe de ce processus de simplification, traduisant un élément réel par une forme géométrique.

L’ensemble privilégie la lisibilité structurelle et la robustesse des volumes, en cohérence avec la fonction de l’objet.

Atelier mossi du plateau central (probablement région Kaya – Sanmatenga, Burkina Faso)

Cette attribution repose sur :

  • la morphologie du pêne et du mécanisme
  • le type d’incisions décoratives
  • le traitement schématique de la figure
  • la monumentalité de l’objet

Elle correspond à une production d’ateliers spécialisés dans les serrures architecturales, destinées à des contextes domestiques ou de stockage à valeur économique ou symbolique élevée.

Fonction :

Serrure destinée à une porte d’habitation, de grenier ou d’espace de stockage.

Au-delà de sa fonction utilitaire, la présence d’une figure anthropomorphe suggère une dimension protectrice. L’objet participe ainsi d’un système dans lequel la sécurisation matérielle est indissociable d’une protection symbolique.

Comparaisons :

Des serrures de typologie comparable sont conservées dans les collections du Musée du quai Branly, bien que souvent de dimensions plus modestes.

Les serrures d’Afrique de l’Ouest (notamment Dogon et Bamana) présentent des principes mécaniques analogues, mais se distinguent par un traitement sculptural plus narratif, alors que les productions mossi privilégient une approche synthétique et fonctionnelle.

 

État : ensemble complet du point de vue mécanique (corps et pêne), clé absente (cas courant), patine ancienne cohérente, usures d’usage visibles sur les zones de friction

Bibliographie principale

Roy, Christopher D.
Land of the Flying Masks: Art and Culture of Burkina Faso. Munich, 2007

Roy, Christopher D.
Mossi: Diversity in the Art of a West African People. 2015

Labouret, Henri
Les tribus du rameau lobi. Paris, 1931

Tauxier, Louis
Le Noir du Yatenga. Paris, 1917

Références muséales

Musée du quai Branly – Jacques Chirac
Collections Afrique, objets mossi

Collections de serrures ouest-africaines (Dogon, Bamana)